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MARIO ST-JEAN EXPOSE SES…

Mario St-Jean, l’artiste de 35 ans présentera à la galerie Wolf ses toiles lors d’une intrigante exposition intitulée Mario St-Jean expose (son) ses pénis. Chose certaine, elle se tiendra à l’intérieur pour éviter toute provocation inutile.

L’artiste a choisi de présenter une œuvre centrale, une mosaïque immense rassemblant les pénis d’une centaine de ses amis (et des amis de ses amis), ainsi qu’une vingtaine de tableaux portant sur cet organe. Symbole de la virilité masculine, le pénis est donc au centre de son travail. St-Jean « ne croit pas que [son] exposition pourrait choquer les gens », malgré le fait que certains pourraient mal interpréter ses visées. Selon lui, sa pièce principale, qui présente une diversité de membres (au repos, en érection, circoncis ou non, arborant un Prince Albert et de toutes les couleurs) et ses autres, qui exhibent des thèmes bien précis en lien avec le pénis (la masturbation, le condom, l’urine et bien d’autres), constituent un ensemble cohérent qui « parle du pénis en général selon un angle artistique bien précis et qui permet au public d’accéder à d’autres sens, de réfléchir », souligne-t-il.

Il fait allusion aux échanges qui se font sur Internet où les gens, particulièrement les gais, préfèrent présenter leur pénis pour attirer les autres, plutôt que leur visage, beaucoup trop intime! Cet aspect contradictoire des rencontres virtuelles où le pénis agit désormais comme carte d’identité, évacuant toute pudeur, a créé une volonté chez cet artiste de démystifier cet objet du désir et de le montrer sous tous ses aspects. « On ne voit parfois même plus qu’il s’agit de pénis », précise-t-il. St-Jean, à force de travailler ses sujets, en arrive à des résultats beaucoup plus près de l’art que de la pornographie. En voulant s’approcher de résultats de plus en plus impeccables et réalistes, il délaisse en 1995 l’acrylique pour un autre médium, la photographie. Il ne se contente toutefois pas de photographier, il scanne ses images pour ensuite procéder à des retouches à l’aide du logiciel bien connu Photoshop. Aujourd’hui, il prend directement en numérique ses clichés, puis après avoir réalisé quelques dizaines de couches ou layers dans le jargon informatique (entre 30 et 60), il en arrive aux résultats souhaités. Ce qu’il nous présentera lors de son exposition sera le fruit de ces manipulations qui, mises en relation avec de petites notes explicatives, évoqueront aux visiteurs certains aspects propres aux phallus. Il nous promet un parcours « ludique » où la réflexion ne sera pas évacuée.

 

MARIO ST-JEAN
«Finalement, j’aime bien ton pénis!» a dit une amie à son mari en regardant longuement le panneau de Mario St-Jean présentant 100 pénis. «Notre imaginaire est impressionné par les pourcentages, or 100 ce n’est pas beaucoup quand on le visualise réellement.» Le pénis dans tous ses états, c’est le défi que s’est donné Mario St-Jean depuis 2002. Nos réactions face à l’exposition publique de notre secret l’intéressent. Il en a déjà constaté l’aspect libératoire chez les premiers spectateurs. Son projet d’en photographier cent démystifie le tabou du sexe. «Tout le monde le fait, mais personne n’en parle dans une conversation ordinaire, constate Mario St-Jean. L’homme met beaucoup d’importance dans le pénis. Dans les sites de rencontres sur internet, on montre son sexe pas son visage. Le pénis y devient une carte d’identité qui permet de garder l’anonymat en montrant le plus intime de soi.» Autodidacte, Mario St-Jean a eu le coup de foudre pour le photo-montage pendant une formation en multimédia. Il avait ensuite réalisé une première expo dans les petites boîtes lumineuses de l’ancien Sky. Accompagnant les 100 pénis, 20 photos montages en déclinent tous les thèmes sur le mode symbolique et humoristique (érection, masturbation, condom, bisexualité, circoncision, Viagra, dildo, urine, éjaculation, etc.). Il s’agit d’en enlever l’aspect érotique pour en faire ressortir la crudité sociologique. Mario St-Jean veut que les gens n’aient pas de gêne à parler de cette partie du corps: «Quelqu’un a même cru qu’il s’agissait d’une étude médicale!» «Déjà vu!» diront certains? «S’arrête-t-on de peindre des fleurs parce que cela a déjà été fait?» rétorque Mario St-Jean.

Expo intérieure. Galerie Wolf, 1331, rue Sainte-Catherine Est, du 1er au 4 juillet, vernissage le 1er juillet à 18h.